DREAM WIZARD




G. ABAJIAN 2004 -
TET - dormant - Fleur 15 cm - Ht. 67 cm


Ces Hemerocallis middendorfii, lilioaspodelus, citrina, fulva, florepleno ou autre ’Franz Hals qui en deux à trois semaines tout au plus épuisaient leur stock limité de boutons floraux au début de l’été.
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Certes, volontaires il fallait qu’elles le soient, car sans soins particuliers, sans apport d’engrais, sans traitement quelconque, elles réapparaissaient tous les ans. Ne dénigrons pas ces ancêtres qui sont à la base des hybrides modernes mais boudons les irrémédiablement.
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La "révolutions américaine" sévit donc depuis près de trois décennies durant lesquelles d’éminents professionnels et amateurs avertis n’ont cessé d’hybrider méthodiquement ces plantes au potentiel génétique si longtemps insoupçonné.

Extrait de: Hémérocales : des hybrides modernes faciles à vivre

Les diversités de couleurs, de formes et d’aspect font de ces plantes un cas presque unique dans le monde végétal.

Leur caractère remontant, du moins sur les hybrides créés ces quinze dernières années, prodiguent une multitude de fleurs de fin juin à mi-septembre, souvent plus tard lorsque l’on bénéficie d’un été favorable.
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L’American Hemerocallis Society (A.H.S.), que préside Kevin Walek, enregistre des centaines de nouvelles obtentions chaque année, portant actuellement à près de 60.000 le nombre d’hybrides officiellement nommés sur les listes de cet organisme. L’A.H.S. est la base officielle de l’enregistrement de ces plantes au niveau mondial et conserve toutes les données utiles à la "protection" du cultivar (nom de la plante, date du dépôt, photos, description et caractéristiques de l’hybride et bien entendu l’obtenteur). Quelques dizaines d’hybrideurs de grand renom, presque tous américains, sont à l’origine de la création de ces merveilleux cultivars depuis 1985. D’autres professionnels et amateurs avertis ne sont toutefois pas en reste et certaines de leurs hémérocalles sont très typées et possèdent d’évidentes qualités. Seulement, sont-elles moins populaires ? Cette production fait l’objet d’un commerce assidu et attendu annuellement (pour les nouveautés) par des collectionneurs à travers le monde. C’est un "business" qui requiert en plus des infrastructures, de solides connaissances en botanique, du savoir faire, une bonne dose de réussite et des ramifications Internet efficaces. De quoi décourager la majorité de ceux qui voudraient tenter des croisements me direz-vous ! Oui et non ! Certes, il n’est pas donné à tout un chacun d’avoir la main verte, mais la multiplication de ces plantes par hybridation n’est pas compliquée en soi et le plaisir d’avoir essayé n’est-ce pas déjà une satisfaction ? La réussite vient bien après.
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Chaque hybrideur renommé, en Floride par exemple, enregistre auprès de l’A.H.S de cinq à une vingtaine de nouveautés par an. Mais ces quelques "merveilles" ont été sélectionnées parmi des milliers, voire des dizaines de milliers de semis.

Dès l’apparition de sa première fleur, un cultivar d’exception se remarque immédiatement. La plante est mise à part, cultivée et multipliée par division végétative. Ses caractéristiques sont observées minutieusement durant trois à cinq ans afin d’en voir l’évolution mais surtout d’en juger la stabilité. Si elle réussi l’examen, elle sera nommée et commercialisée. Les milliers d’autres plantes sont irrémédiablement éliminées. Seul l’un ou l’autre hybride possédant parfois peu de qualités, mais très développées peuvent aussi être conservés. Ceux-là serviront à des essais, soit pour renforcer l’aspect de certaines plantes, soit pour entrouvrir de nouvelles lignées de production. Ce procédé de sélection et d’élimination est indispensable si l’on veut mettre en valeur ce qu’on peut appeler le "dessus du panier".
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Les nouveaux hybrides retenus ne représentent donc qu’un très faible pourcentage des centaines de milliers de graines semées annuellement.

Il est utile de rappeler ici que les hybrides ne se multiplient pas de manière semblable par semis. Si l’on récolte dix graines dans une cosse et que ces graines une fois semées développent dix plantes, ces plantes à maturité seront toutes différentes même si un "air de famille" est souvent présent. Seule la multiplication végétative, par division de la souche de la plante permet d’obtenir de nouvelles plantes identiques à la plante-mère. De plus, la multiplication "in vitro" ne génère pas des sujets aux caractères cent pour cent maternels. Cela est bien ainsi et permet de sauvegarder le côté un peu magique et unique d’une fleur nouvelle.
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Ces dernières années sont apparues des lignées de plantes présentant des caractères inédits. La sélection sévère et l’hybridation que j’appellerai "ciblée" ont conduit à l’obtention de fleurs dont les caractéristiques sont résolument nouvelles par rapport aux hybrides antérieurs et même à leurs parents. Si le hasard fait parfois bien les choses, ici il n’a que peu de place. En fait, tout est régi par les gènes de la plante. Lorsque l’on féconde les ovules d’une fleur par le pollen d’une autre fleur, inconsciemment on pourrait croire que c’est comme si on mélangeait deux couleurs différentes pour en obtenir une troisième, résultante des deux premières. Les gènes s’influencent bien autrement. Certains caractères sont dits dominants lorsqu’ils s’imposent face à un caractère moins influent ou récessif. Non seulement cela est valable concernant les couleurs mais aussi les formes, la taille, les différents types de bords et l’œil de la fleur. Le feuillage est également dépendant des gènes : il peut être caduc, semi-persistant ou persistant. La durée de floraison ainsi que la quantité de hampes florales, le nombre de ramifications sur cette hampe ainsi que l’abondance de fleurs sont autant de caractères définis par les gènes mis en présence lors de la fécondation.
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Comment faire alors pour obtenir une fleur d’un rouge plus marqué, ou une autre avec un bord fortement ourlé et de teinte foncée comme l’œil ou telle autre avec une forme ’spider’ (araignée) de plus de 25cm de diamètre ? Evidemment, ce n’est pas simple. Des années de pratique sont nécessaires pour acquérir ces connaissances indispensables à une hybridation ciblée. Chaque hybrideur a utilisé des parents sélectionnés sur base de critères ou sur leurs critères personnels liés à leur expérience.

Bob Carr d’Ocala en Floride a rédigé des tables de probabilités permettant de comparer la dominance de certains caractères liés à la coloration, à la "force" d’un œil ou d’un bord. Elles facilitent la mise en pratique d’une hybridation guidée visant à l’amélioration ou l’apparition de ces caractères sur des plantes ne les possédant pas. Il a dès lors généré des cultivars ayant souvent un ou plusieurs parents en commun, créant ainsi des lignées propres constamment améliorées. Cet hybrideur a ainsi développé un style qui lui est personnel et reconnu. Tous produisent des formes larges, des ’UFO’s’
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(formes inusuelles), des ’spiders’ (formes araignées), mais chacun y a mis son empreinte : des teintes qu’il affirme sans cesse ou une fleur de plus en plus large avec des bords de plus en plus ourlés.

Par exemple le cultivar ’Lavender Blue Baby’ créé par Jack Carpenter en 1996 est à la base de nombreuses fleurs bleu lavande modernes. Cette hémérocalle vient de se voir octroyer la ’2007 Stout Silver Medal’ par l’A.H.S., récompense suprême pour une plante d’exception.

Luddy Lambertson de Lake-Helen en Floride développe des lignées de fleurs bleues (le bleu pur n’existant pas…encore) et de forme UFO, transition entre la fleur classique et l’araignée.
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Ted Petit de MacIntosh en Floride parvient à créer des fleurs de forme classique mais aux dimensions surprenantes. Voici une dizaine d’années, une fleur de 4 ½" à 5" (11 à 13cm) était habituelle. Ted Petit en obtient maintenant jusqu’à 6 ½ " (16,5 cm) dans des coloris variés, avec des bords larges et très ourlés.

Dan Trimmer, Frank Smith, Pat Stamile, tous établis en Floride centrale, obtiennent des nouveautés aux caractères résolument innovants tels des nuances de vert, souvent chartreuse sur les bords ou des ’ENE’ pour Edge no Eye : fleur de base colorée unie avec un bord ourlé d’une tonalité contrastée et ne possédant pas d’œil (partie médiane de la corolle).
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Les tonalités chaudes d’orange et mandarine ourlés de bords dorés foncés, ou des tons roses mêlés d’orange avec des bords ondulés et crépus d’un jaune doré lumineux sont parmi les nouvelles couleurs tendances.

Je ne puis ici décrire toutes ces créations. Mon site Internet reprend près de 450 obtentions de ces 5 dernières années choisies chez des hybrideurs américains les plus réputés. Des liens vous guideront vers leur site. Autant de portes ouvertes sur le rêve…
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Certes, toutes ces plantes ont un prix, qui est le prix de l’obstination, de la rareté et de l’unique. Certaines d’entre elles sont très prisées pour l’hybridation tant pour leurs graines que pour leur pollen.

Il en est qui sont des valeurs sûres telles ’Gary Colby’ de John Peat (2006 – Canada et Floride) présentée à la vente à $300.00, ’Bridey Greeson’ ou ’Fame’ de Frank Smith (2006 – Floride) à $250.00 chacune !
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La plupart des nouvelles obtentions oscillent entre $100.00 et $200.00. Après quelques années, les prix deviennent cependant plus raisonnables. De nombreux cultivars de tout premier choix sont déjà disponibles à la vente en nos pépinières.

Pour illustrer cet article, j’ai choisi de vous montrer quelques nouveautés parmi celles que je préfère et qui ornent déjà mon jardin.

Des photos inédites de ’seedlings’ (semis) parmi les centaines prises dans les pépinières les plus réputées de Floride lors de mon séjour en 2007 vous sont dévoilées.

Peut être un jour ces ’seedlings’ seront-ils nommés et proposés à la vente ? Serviront-ils de géniteurs à des générations futures ou finiront-ils au bac à compost ? Ce serait cependant une bien triste fin pour de si jolies plantes !

Extrait de: Hémérocalles Américaines & hybridation ciblée

Un nénuphar ou une hémérocale au hasard ?

BIBLIOGRAPHIE

(JDA n°47/2009)

Ces Hemerocallis middendorfii, lilioaspodelus, citrina, fulva, florepleno ou autre ’Franz Hals (...)

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Les nénuphars d’exception (DJA n°9/2000)

**Développés par Joseph LATOUR-MARLIAC vers les années 1900 des nénuphars dérivés de Nymphaea Alba (...)

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Multiplication des plantes aquatiques (JDA n°6/2000)

**Le désir de multiplier les plantes est propre à tout amateur de jardin, que ce soit pour (...)

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